Canal corridor écologique | Newsletter 13 | avril 2025
   
 
Bilan 2024 pour les poissons

(Traduction d’un article paru sur le site internet de Natuurpunt le 17 janvier 2025)

Parce qu'on en a tous bien besoin, voici des bonnes nouvelles: l'année 2024 a été marquée par de véritables coups de pouce pour nos poissons et amateurs de poissons. Travaux pour améliorer la qualité de l'eau, résolution des obstacles à la migration des poissons (migrateurs), attention portée aux programmes d'élevage des espèces de poissons menacées, etc. De plus en plus, ce groupe d'espèces 'oubliées' reçoit l’attention qu’il mérite au niveau de la conservation de la nature en Flandre. C'est pourquoi, pour une fois, le rapport annuel 2024 se concentre entièrement sur des nouvelles positives concernant les poissons!


Lote de rivière © INBO
De janvier à mars: des poissons autrefois disparus reviennent dans nos cours d'eau

Janvier 2024 a été un mois humide, mais cette humidité a eu un avantage. Dans les prairies inondées le long de la rivière Grande Nèthe, les chercheurs ont entrepris de recenser le nombre de lotes. Les Lotes de rivière sont de grands poissons prédateurs, apparentés à la morue. Ils se reproduisent surtout par temps humide et froid, y compris dans les prairies inondées. La Lote de rivière présente un comportement de reproduction particulier. Plusieurs dizaines de lotes se rassemblent dans des eaux peu profondes et nagent en boule compacte, tandis que les femelles déversent leurs œufs et les mâles leur sperme. Les plaines inondées sont nécessaires comme zones de croissance pour les larves et les lotes juvéniles. Ces dernières années, des efforts considérables ont été déployés pour que la Lote de rivière revienne parmi nous, et ces efforts n’ont pas été vains! Ce poisson autrefois disparu en Flandre est revenu dans la Grande Nèthe et le Démer.

En février, des travaux ont été menés pour résoudre les obstacles à la migration des poissons. Les échelles à poissons se sont avérées importantes pour 35 des 38 espèces de poissons indigènes étudiées, pour le franchissement d’obstacles tels que les seuils et les barrages présents dans les ruisseaux et les rivières. C'est ce qui ressort d'une publication de l'université de Wageningen dans la revue scientifique Ecological Engineering. En février 2024, l'Agence flamande de l'environnement (VMM) a entamé la construction d'une échelle à poissons au moulin Rentfort de Bilzen. Grâce à une voie alternative, les poissons pourront à nouveau y migrer librement, ce qui est important pour leur reproduction.

Au mois de mars, l'Agence flamande de l'environnement (VMM) a continué à investir dans la libre migration des poissons en entamant la construction d'une échelle à poissons sur le Mark, près du moulin du Laermolen, à Hoogstraten. Lorsque les travaux seront terminés, les poissons pourront à nouveau se déplacer vers la partie amont de la rivière, ce qui est nécessaire à leur reproduction. Autour du barrage du Laermolen, la VMM construira un canal latéral au tracé sinueux. Ce canal latéral comportera 22 petits seuils, également appelés 'échelles à poissons', que les poissons pourront franchir.

D’avril à juin: comment l'éducation et l'art font connaître nos poissons au grand public

Selon un dicton en néerlandais, 'l’inconnu est mal-aimé'. C’est particulièrement vrai pour un groupe d'espèces comme les poissons, qui ont souvent un mode de vie caché sous l'eau. C'est pourquoi, en avril 2024, Natuurpunt a lancé un cours sur les poissons. Les inscriptions étaient ouvertes à toutes celles et tous ceux qui souhaitent en savoir plus sur le monde fascinant des poissons. Au cours de six leçons, toute une série de sujets concernant les espèces de poissons que l'on trouve dans l'Escaut, le Rupel, les mares et les étangs a été abordée. L'art et la culture peuvent aussi faire la différence. En avril, une fresque murale géante du Rotengle a vu le jour sur un bâtiment du Vlaamse Waterweg nv à Kampenhout. Le Rotengle de l'artiste Dzia fait partie de la route Animalinas, longue de cent kilomètres, qui traverse le parc naturel de Rivierenland. Tous les animaux immortalisés en peinture vivent également dans le parc naturel, même si nombre d'entre eux sont loin de se porter bien.

Le mois de mai 2024 a réservé une nouvelle fantastique à propos de l'une de nos espèces de poissons les plus mystérieuses: la Loche d’étang. Ce poisson peut survivre à de faibles niveaux d'oxygène grâce à une respiration cutanée et intestinale spécialisée (via l'air avalé) et peut même survivre pendant un certain temps dans des cours d’eaux asséchés, enfoui dans la boue. Dans ce cas, l'épaisse couche de mucus la protège contre la déshydratation. Nous pensions que la Loche d’étang ne vivait plus qu’à quelques endroits, mais de récentes recherches sur l'ADNe montrent que cette espèce très menacée est plus répandue qu'on ne le pensait. Sur la base de l'ADN 'environnemental' présent dans des échantillons d'eau, les 'détectives de la nature' de l’Institut flamand de recherche sur la nature et la forêt (INBO) ont constaté la présence de ce poisson dans un plus grand nombre d'endroits que nous ne l’avions imaginé, de Geel jusqu’à Gand et même plus loin encore.

De juillet à septembre: des aménagements favorables aux poissons portent leurs fruits

La renaissance de la Lote de rivière a déjà prouvé que les poissons de la rivière Démer se portent de mieux en mieux. Mais un contrôle effectué en juillet 2024 par l'Université d'Anvers a apporté des nouvelles encore plus réjouissantes! Pas moins de 22 espèces cibles ont été trouvées dans l'un des méandres. Avant la reconnexion du méandre à la rivière, il n'y en avait que 12. Un beau pas en avant, donc, et un signe que les aménagements favorables aux poissons portent leurs fruits. L'Ablette commune, espèce menacée, et le Chevesne ont été observés en plus grand nombre. L'Ablette spirlin, en danger critique d'extinction, et le Vairon commun ont également été observés. En outre, on a pu remarquer une grande variation dans les classes de longueur des poissons.

L'innovation et le progrès ne s'arrêtent pas dans la recherche sur les poissons. En août, des étudiants universitaires suisses ont mis au point un poisson robotique capable de prélever de l'ADN dans l'eau, le fameux 'ADNe'. Le robot a la forme d'un poisson pour s'intégrer facilement parmi les vrais poissons.

Brochet © Georg Mittenecker/Wikimedia
A côté des robots, les vrais poissons font, eux aussi, leur part pour protéger l'environnement. En septembre, la lutte contre la Grenouille taureau en Flandre a commencé avec l'aide de... brochets! La région de la Campine anversoise regorge de Grenouilles taureaux, mais ces géants parmi les grenouilles progressent également en direction du Limbourg. Comme la capture de cette espèce exotique semble être une tâche sisyphéenne et que le projet de lâcher des grenouilles mâles stérilisées est encore dans une phase de développement, une alternative a été recherchée dans le cadre d’un projet de lutte. C'est ainsi le Grand brochet a été choisi, car le brochet et la Grenouille taureau ne vivent pas naturellement dans la même région en Amérique du Nord. Du point de vue de l'évolution, ils ne se connaissent donc pas. Et c'est précisément pour cette raison qu'il est intéressant de relâcher le Grand brochet. Les chercheurs s'attendent à ce que la Grenouille taureau réagisse peu ou pas du tout à la présence de ce prédateur. La Grenouille taureau pourrait donc devenir une proie facile. A première vue, cette méthode de bio-gestion semble fonctionner: les chercheurs de l’INBO ont remarqué que dans les étangs où des Grenouilles taureaux sont capturées, leur nombre a diminué après y avoir lâché des brochets.

Octobre-décembre: des nouvelles spectaculaires:
le Thon rouge du Nord revient en mer du Nord


Le mois d'octobre a apporté une nouvelle spectaculaire concernant la mer du Nord: le Thon rouge du Nord est de retour! Après plus d'un demi-siècle d'absence, ce thon géant y est réapparu. Le Thon rouge du Nord (Thunnus thynnus) n'est pas un poisson comme les autres. On pourrait dire qu’il est 'l'empereur des océans': ce géant en forme de torpille, avec une longueur pouvant atteindre 3,5 m et un poids de plus de 700 kg, est le plus grand de tous les thons. C'est un prédateur supérieur qui joue un rôle important dans l'écosystème océanique mondial. L'animal peut vivre de 20 à 30 ans et plonger jusqu'à un kilomètre de profondeur. Le rétablissement a commencé, mais nous devons rester vigilants!

Anguille d’Europe © G. Garitan/Wikimedia
Dans la mer du Nord se cache un autre poisson remarquable: l'Anguille d’Europe. Celle-ci a un mode de vie particulier, migrant de l'eau salée à l'eau douce, et vice-versa. L'Anguille d’Europe est depuis longtemps en difficulté, en partie à cause des obstacles à la migration qu'elle rencontre sur son chemin. En octobre 2024, l'entreprise de mécanisation Van Hooste à Stekene a mis au point la première pompe à eau adaptée aux poissons, qui ne coupe plus l'anguille en morceaux lors de son passage. C'est une très bonne chose pour nos anguilles chéries qui, depuis les années 1960, ont vu leur nombre diminuer de pas moins de 90%. "Les chances de survie des Anguilles d’Europe lors de leur migration vers les Caraïbes sont désormais bien meilleures", explique Bert Van Hooste, directeur général de l'entreprise.

Le mois de novembre a apporté encore davantage de bonnes nouvelles pour les Anguilles d’Europe. L’antenne Natuurpunt Rupelstreek a réalisé un monitoring des poissons à l'aide de nasses placées dans la rivière, monitoring dont les résultats ont été remarquables. Ils ont entre autres trouvé huit anguilles grosses comme le poing.

Autre fait marquant pour 2024: l'attention accrue portée aux poissons lors des travaux sur les étangs et les cours d'eau. De plus en plus, les poissons sont d'abord mis en sécurité avant le début des travaux. En décembre, Lantis a ainsi capturé 800 poissons dans le canal Albert et les a mis en sécurité en vue de la prochaine phase des travaux de l'Oosterweel: l’enfoncement de palplanches dans le sol par vibrofonçage en vue de la construction des tunnels sous le canal. Cette évolution positive et l'attention portée à nos poissons méritent certainement de se poursuivre en 2025!

L'année 2024 n'a-t-elle apporté que de bonnes nouvelles? Bien sûr que non. Au cours des mois d'été, il y a eu à nouveau des décès dus à un manque d'oxygène, à la pollution et au virus de la carpe. Le dernier avis du CIEM indique que l'Anguille d'Europe ne se porte toujours pas bien et que les poissons de mer sont systématiquement de plus en plus petits en raison de la surpêche. Néanmoins, les nouvelles positives concernant les poissons dominent l'année 2024. Nous espérons que le bon travail concernant la résolution des obstacles à la migration, la restauration des espèces de poissons (autrefois disparues) et l’attention portée sur ce groupe d'espèces se poursuivra en 2025.

Auteur: Sarah Tilkin (Groupe de travail Poissons de Natuurpunt)

Source: Dit was 2024 voor de vissen (Natuurpunt nieuws) >>

 

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